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Journal Africain d'Hépato-Gastroentérologie

1954-3204
 

 ARTICLE VOL 9/4 - 2015  - pp.148-149  - doi:10.1007/s12157-015-0625-5
TITRE
Éditorial : Du bon usage de l’imagerie médicale en pathologie digestive en Afrique subsaharienne

RÉSUMÉ

Le 8 novembre 1895, par un soir hivernal, furent fortuitement découvertes à Würzburg, dans l’obscurité du laboratoire bavarois de Wilhelm Konrad Röntgen, les propriétés du tube cathodique à émettre des rayons dénommés X car jusque-là inconnus [1].

Depuis le célèbre cliché de la main gauche de Frau Röntgen datant du 22 décembre 1895 (dont le temps de pose fut de 15 minutes !), en passant par les unités mobiles de radiographie de Marie Curie lors de la Première Guerre mondiale, l’imagerie médicale a connu un considérable essor au rythme des décennies, avec la vulgarisation de l’échographie dans les années 1970-1980, puis de la tomodensitométrie, et enfin de l’imagerie par résonance magnétique dans la dernière décennie du XXe siècle. D’autres techniques innovantes ont également vu le jour, mais sont en réalité de savantes combinaisons entre le scanner et la médecine nucléaire (PET-SCAN) ou entre l’échographie et l’endoscopie (écho endoscopie).

S’il est vrai que l’anecdotique cliché de l’abdomen sans préparation (ASP) a pris quelques rides et n’a plus d’utilité que devant le pneumopéritoine d’une perforation digestive ou dans le bilan initial d’une occlusion intestinale, il est le seul examen disponible dans certains centres de santé africains où il garde ainsi sa place.

L’échographie, technique jadis réservée aux hôpitaux, a connu une véritable « démocratisation » ces dernières années, beaucoup de spécialistes formés à la bonne école étant suffisamment qualifiés pour réaliser eux-mêmes cet examen, que ce soit en pratique privée ou en pratique hospitalière ou même dans certains centres lointains et enclavés ayant bénéficié de la « manne ultrasonore » par le biais de divers donations et partenariats. Si l’échographie est en première ligne des examens d’imagerie demandés en hépato-gastro-entérologie, c’est parce qu’elle est disponible, peu ou pas chère, et peut être répétée sans risque, car non irradiante. Elle est tout aussi utile pour guider une biopsie ou un drainage. Autrefois réservée à la seule étude des viscères pleins abdominaux, elle est devenue très performante pour l’étude du tube digestif, aussi bien en urgence que dans le diagnostic et le suivi des maladies chroniques intestinales. A prescrire donc sans modération aussi bien pour surveiller une hépatopathie chronique ou confirmer une suspicion d’abdomen chirurgical, que devant une maladie inflammatoire intestinale aiguë ou chronique ou une lithiase biliaire. Mais elle est peu contributive devant la classique douleur abdominale chronique en cadre du colopathe, où l’échographie ne retrouvera au mieux qu’une surcharge gazeuse digestive !

L’apport diagnostic de l’échographie est toutefois intimement lié à la qualité de l’appareillage et à l’expertise de l’opérateur. Ainsi, le travail en équipe supposant la facile disponibilité de l’avis d’un collègue pourrait redresser toute éventuelle erreur. Il faut aussi garder à l’esprit que l’interprétation d’images échographiques est un processus dynamique qui rend aléatoire voire illusoire toute lecture d’images imprimées, a fortiori si le lecteur n’est pas celui qui a réalisé l’examen.

En deuxième ligne vient le scanner, technique irradiante à visée diagnostique ou interventionnelle encore réservée aux hôpitaux et à un nombre restreint de cabinets de radiologie, car exigeant le strict respect des règles de radioprotection et la présence d’un radiologue. Son rôle est de franchir les obstacles liés aux limites de l’échographie : patient en surpoids ou ayant une surcharge gazeuse intestinale. L’avènement du scanner multi-détecteurs a été d’un apport décisif avec la possibilité d’effectuer en une courte apnée de quelques secondes des acquisitions dynamiques permettant d’étudier la vascularisation des lésions et de faire en post traitement des reconstructions dans les trois plans de l’espace. Ce magnifique outil, qui réalise une véritable « autopsie à ventre fermé », est devenu incontournable aussi bien en urgence abdominale traumatique ou non que dans les affections abdomino-pelviennes inflammatoires ou infectieuses, mais surtout dans le bilan d’extension et la surveillance post thérapeutique des néoplasies hépatobiliaires, pancréatiques, digestives ou spléno-ganglionnaires. Dans ces cas, l’injection d’un produit de contraste étant quasi systématique, il est de bon ton, pour éviter toute complication, de vérifier au préalable la fonction rénale du patient et de rechercher d’éventuels antécédents de réaction à l’injection d’un tel produit. Le coloscanner, acquisition réalisée après balisage hydrique ou aérique du cadre colique, devrait, quant à lui, être réservé aux patients chez qui la coloscopie s’avère contre-indiquée ou irréalisable. Son alter ego, l’entéroscanner, est devenu une référence pour l’étude de l’intestin grêle, notamment dans le bilan étiologique d’une anémie ferriprive ou d’un méléna à endoscopie normale et dans la rare mais non exceptionnelle tumeur carcinoïde du grêle, en somme là où le transit baryté a depuis longtemps montré ses limites.

Atout majeur du scanner : l’examen peut être relu par un tiers, les images gravées sur support numérique ou consultées à distance, et l’interprétation initiale au besoin soumise à avis contradictoire.

Quant à l’IRM, ses principales indications devraient rester limitées aux lésions qui n’ont pu être détectées ou caractérisées au scanner (en particulier les lésions focales hépatiques), et à la surveillance d’affections au long cours pour des raisons de radioprotection. C’est aussi le maître examen dans le bilan d’extension loco-régionale des néoplasies ano-rectales. Dernier outil à la disposition du radiologue, l’IRM devrait donc être utilisée avec parcimonie et rigueur, d’autant qu’il existe nombre de contre-indications, que son coût est élevé et que peu de machines à « haut champ » sont disponibles. Soulignons au passage que les machines à « bas champ » ne sont pas dédiées à la réalisation d’examens abdomino-pelviens, et que l’IRM en général n’est à ce jour pas contributive dans le bilan d’extension pulmonaire des cancers.

Terminons notre propos par un rêve pas du tout utopique, pour peu que les décideurs le veuillent : l’introduction en Afrique subsaharienne, dans notre arsenal diagnostique, de l’écho endoscopie, outil indispensable en particulier pour l’exploration et surtout le prélèvement des petites lésions intra pariétales œso-gastro-duodénales ou ano-rectales, et celles du pancréas céphalo-unciné.

Mais surtout et enfin, gardons à l’esprit que l’imagerie médicale, si sophistiquée soit-elle, ne saurait se substituer à un examen clinique parfaitement conduit après un minutieux interrogatoire, et ne devrait être mise à contribution que dans le cadre d’une démarche graduelle qui tienne compte des limites propres à chaque technique et des maigres ressources financières de nos patients qui, est-il besoin de le rappeler, n’ont bien souvent aucune assurance sociale. Le concept primum non nocere commence par la poche du patient !



AUTEUR(S)
T. OUMAR-SOKO

BIBLIOGRAPHIE
jahg.revuesonline.com/revues/54/10.1007/s12157-015-0625-5.html

LANGUE DE L'ARTICLE
Français

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